ESPAGNE : Autopsie d’un naufrage

Après la déroute subie face aux Pays-Bas (5-1) on pouvait encore plaider l’accident. Ce soir, après la défaite 2-0 face au Chili, il n’y a plus de doutes: la grande Espagne n’est plus. Celle qui a raflé tous les trophées aussi bien en club qu’en équipe nationale, ne verra même pas les 8e de finales du Mondial, une première depuis 1998.

Comment expliquer une telle déroute? En 2010, lors de sa victoire en Afrique du Sud, l’Espagne n’avait encaissé que deux buts sur l’ensemble de la compétition. Elle vient d’en prendre sept en l’espace de deux matches. Pressés, agressés par leurs adversaires (notamment ce soir par le Chili), les Espagnols n’ont pas été capables de tenir le ballon, de maintenir leurs adversaires à distance par un jeu de passes et de mouvement qui désorganise, déstabilise, et permet par la vitesse de la circulation de balle et la qualité technique des joueurs de marquer même face aux défenses les plus regroupées.

Aujourd’hui, l’Espagne éliminée, on peut se demander s’il n’existait pas déjà quelques signes (discrets) avant-coureurs de cette fin de règne et des risques qui pesaient sur la Roja à l’entame de Coupe du Monde. En voici quelques-uns :

Coupes d’Europe : Un Grand Chelem en trompe l’œil?

Sur les finales des deux coupes d’Europe, trois clubs espagnols sont présents, dont deux en finale de la Ligue des Champions (Real et Atletico Madrid) et Séville qui remporte la Ligue Europa.

Pourtant, cette domination des clubs espagnols n’est pas celle du jeu « à l’espagnole » qui est principalement incarné par le FC Barcelone, basé sur un jeu de possession, de confiscation du ballon, de pressing très haut… Un système « imité » dans certains clubs européens : Arsenal en Angleterre, le PSG en France, le Bayern depuis l’arrivée de Guardiola…

La Ligue des Champions a vu le triomphe d’équipes et de philosophies de jeux basé sur le jeu de contre-attaque et de transition. Un terme très utilisé en NBA et qui renvoie à la capacité à porter le danger devant le but adverse dès la récupération de balle en un temps et nombre limité de touches de balles et de passes. Parmi les joueurs qui se sont illustrés dans ce schéma de jeu, on trouve Cristiano Ronaldo, Gareth Bale ou encore Willian et Hazard à Chelsea. Ce système est incarné par des entraîneurs comme José Mourinho ou Carlo Ancelotti qui a remporté La Ligue des Champions avec le Real Madrid.

Le déclin (relatif) du Barça se retrouve aussi en championnat d’Espagne ou c’est l’Atletico Madrid qui a remporté le championnat, une équipe encore une fois qui brille plus par sa combativité et son agressivité que par sa capacité à monopoliser le ballon. Si les équipes espagnoles ont triomphé, ce n’est pas le style de jeu développé par la Roja lors de ses dernières victoires dans les compétitions internationales qui s’est imposé au sommet de l’Europe.

L’axe Xavi-Iniesta affaibli

L’importance dans ces deux joueurs dans le jeu de l’Espagne et du Barça a souvent été souligné. Ils auraient même dû recevoir conjointement le ballon d’or à la place de Messi tant leur complémentarité est décisive dans l’organisation et le lancement du jeu de leur équipe.

Tout comme Messi d’ailleurs, ces deux joueurs ont été frappés par des blessures à répétition qui sont aussi le signe du temps qui passe et de l’usure que subissent les deux joueurs. Même si Iniesta a encore été très actif lors des deux matches contre les Pays-Bas et le Chili, le duo qu’il forme avec Xavi n’apporte le même dynamisme et possède moins de marge par rapport à leurs adversaires qui désormais peuvent aussi mieux s’adapter et contrer le jeu espagnol.

L’absence de Xavi lors du match contre le Chili a été remarquée et il n’y a pas eu de joueurs capables d’assumer son rôle au côté d’Iniesta. On l’a vu, le harcèlement défensif des Chiliens capable de défendre très haut a souvent permis de casser le travail de préparation des attaques espagnoles.

 Le constat fait pour ces deux joueurs est valable également pour Iker Casillas dont le manque de compétition s’est ressenti sur les deux matches où ses erreurs et ses indécisions tranchent avec ses qualités qui ont fait de lui l’un des meilleurs gardiens de ses dernières années. La finale de la Ligue des Champions avait déjà été le théâtre d’une erreur qui avait failli coûter le titre au Real Madrid.

Trop de matches ?

Si les clubs espagnols ont dominé l’Europe, le championnat d’Espagne a été (avec la Première Ligue Anglaise) le championnat le plus indécis d’Europe. Les joueurs du Real, de l’Atletico et du Barça sont restés sous tension jusqu’à la toute la fin de saison. La fatigue et le manque de préparation des joueurs semblent criants quand on voit les difficultés d’un joueur comme Sergio Ramos pourtant décisif sur sa fin de saison avec le Real.

 S’il n’y a pas que des joueurs espagnols dans ces clubs, il est flagrant de constater que les équipes les plus en forme en ce début de mondial sont aussi celles composés de joueurs qui ont eu le temps de faire une vraie transition entre la fin de saison, la phase de préparation puis le mondial. L’Espagne, placée dans un groupe relevé et jouant deux grosses équipes dès son entrée dans la compétition n’a pas pu utiliser la phase de poule pour se régler et compenser son manque de préparation.

 Des joueurs comme Messi ou Thiago Silva ont été critiqués par certains supporters de leurs clubs, les accusant de « lever le pied » sur la fin de saison de manière à arriver plus en forme pour la Coupe du Monde. Une attitude qui semble plutôt saine d’esprit quand on voit l’état de la sélection espagnole qui s’est véritablement fait « manger » sur le plan athlétique.

 Avec les performances de plus en plus élevées exigées vis-à-vis des joueurs et avec des enjeux sportifs et financiers de plus en plus importants, ne risque-t-on pas à terme de se retrouver dans des situations comparables à ce qui existe en basket où certains joueurs refusent de jouer en sélection nationale pour préserver leur physique et ainsi choisir les compétitions dans lesquelles ils jouent ?

 Si l’attrait des compétitions internationales et notamment de la Coupe du Monde préserve pour le moment le football de ce type de cas de figure, il est évident que la multiplication des blessures liés à la fatigue comme on l’a vu juste avant le mondial (Ribery, Suarez, C. Ronaldo…) peut modifier les données de l’équation.

Malgré tout, l’élimination de l’Espagne n’est pas le fait d’un jeu verrouillé avec des équipes qui « cassent ». Au contraire, le jeu spectaculaire développé notamment par les équipes d’Amérique Latine laisse présager une Coupe du Monde avec un beau vainqueur. Les deux « favoris » restants, le Brésil et l’Allemagne, n’ont qu’à bien se tenir !

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