FABIO HIDEKI, « MARTYR » DES ANTI-MONDIAL

Nous avions parlé il y a quelques semaines des manifestations anti-mondial. Celles-ci ne sont pas parvenues à atteindre la même ampleur que celles qui avaient eu lieu l’an dernier, au moment de la Coupe des Confédérations. Pourtant, ces manifestations se sont multipliées ces dernières semaines, réunissant la plupart du temps quelques centaines de personnes dans les grandes villes du pays, souvent les mêmes villes accueillant les matchs de la Coupe du Monde.

Et face à ces manifestations, et parfois la volonté de confrontation des plus radicaux, étiquetés un peu abusivement de « black blocs » (sorte de nouveau « label » pour manifestants énervés et casseurs de vitrines en tout genre) la répression s’est accentuée. Cela s’est traduit par une augmentation des arrestations, une attitude plus agressive de la police, profitant ici probablement du moindre intérêt des médias dès lors que la compétition a commencé à battre son plein.

Sur les réseaux sociaux et les médias militants, on entendait parler de ces arrestations avec parfois des journalistes interpellés par la Police Militaire. Ces derniers se voient libérés rapidement souvent grâce un travail de pression lancé depuis le net dénonçant des entraves contre la liberté d’expression et d’opinion.

Un cran au-dessus

 

Mais les choses ont semble-t-il pris un nouveau tour le 23 juin dernier. Ce jour-là, une manifestation est organisée dans l’après-midi à Sao Paulo par les opposants à la Coupe du Monde. A l’issue de cette manifestation Fabio Hideki Harano est arrêté dans un escalier d’une station de métro.

Il est arrêté et sera ensuite inculpé pour « possession d’armes illégales », « résistance à l’arrestation », « complot en vue de commettre des actes criminels », « incitation au crime » et « refus d’obéir à l’autorité policière ».

Depuis, plusieurs vidéos ont circulé. Elles montrent l’arrestation, la fouille effectuée par les policiers sur Hideki et dans son sac, sans qu’il n’y ait de traces ni d’explosifs ni de cocktails Molotov et sans que les policiers ne donnent l’impression d’avoir trouvé quelque chose de compromettant, contredisant ainsi les propos du secrétaire général de la Sécurité Publique de Sao Paulo, Fernando Grella.

Sur une autre vidéo, on peut voir qu’il portait un casque de moto, mais il ne semble pas que cela lui ait été reproché par les policiers. Seule une bouteille en plastique, sortie par un agent, semble avoir fait l’objet de questions de la part des policiers. Fabio Hideki affirme qu’elle contenait du vinaigre qu’il utilisait pour se protéger des gaz lacrymogènes. Au regard de ces vidéos, rien ne donne le sentiment qu’Hideki ait été perçu par les policiers qui ont procédé à son arrestation comme une menace immédiate à désamorcer.

A l’inverse, son arrestation se termine par une charge de la police militaire à l’intérieur de la station de métro pour disperser les manifestants qui étaient venus s’agglomérer autour des policiers pour filmer et dénoncer son arrestation.

Hideki a été incarcéré à la prison de Tremembé, à 150 km de Sao Paulo où il a été placé en isolement. Considéré ainsi comme un dangereux criminel, Hideki semble pourtant avoir le profil type de « l’étudiant », « militant de gauche », tel qu’il peut en exister partout dans le monde.

Hidé Qui ?

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Issu de la classe moyenne, il fait ses études à l’USP (Université de Sao Paulo), d’abord en Ingénierie puis en Sciences Sociales avant d’opter pour le journalisme et la communication. Il a « fêté » ses 27 ans en prison, le 30 juin dernier. Il est également technicien en Pharmacien à la Faculté de Médecine de l’USP. Ses collègues se sont d’ailleurs fendus d’une lettre ouverte de soutien à Fabio Hideki et dénoncer son incarcération.

Sur plusieurs vidéos diffusées par ses soutiens, on voit Hideki participer à des manifestations à visage découvert, répondant même à des questions de journalistes comme en juin 2013 lors de la marche annuelle pour demander la légalisation du cannabis (maconha). La police l’a également accusé d’être un leader des « black blocs » paulistes en s’appuyant sur des vidéos où il aurait donné des consignes à d’autres manifestants pour résister à la police. Des accusations auxquelles les soutiens de Hideki ont répondu qu’il s’agissait de techniques non-violentes de résistance passive pour éviter que tout tir de grenades lacrymogènes ou de charges policières se traduisent immédiatement par une dispersion de toute manifestation même pacifique.

Une deuxième arrestation a eu lieu dans le même temps que celle d’Hideki. Rafael Marques Lusvarghi, 29 ans et professeur d’Anglais à l’USP a lui aussi été arrêté selon les mêmes motifs qu’Hideki. Selon la Police, Lusvarghi aurait été filmé en train de s’attaquer à un kiosque à journaux. Des accusations qui ont également été immédiatement contestées par des proches de Lusvarghi.

Il avait déjà été arrêté, lors d’une précédente manifestation à Sao Paulo, le 12 juin dernier, jour de l’ouverture de la Coupe du Monde. Une arrestation qui avait fait du bruit dans les médias puisqu’il avait vu son visage aspergé de gaz lacrymogène alors qu’il était déjà retenu par des policiers. Un homme qui est à la fois professeur d’Anglais et qui aurait auparavant été membre de la Police Militaire brésilienne. Selon des médias brésiliens, Il aurait également fait partie de Légion Étrangère en France, et aurait un temps rejoint les FARC de Colombie…

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Une affaire passée inaperçue

 

Au Brésil, cette double arrestation a suscité immédiatement des réactions dans les milieux « anti-Copa », sur les réseaux sociaux, et via les médias militants. Un site internet a été créé pour réclamer la libération de Fabio Hideki et les associations des droits de l’Homme relaient à l’international ces cas qui semblent les exemples les plus flagrants de détentions arbitraires et de procès d’opinion contre des manifestations « anti-Copa ».

Mais au-delà, l’affaire ne semble pas avoir fait beaucoup de bruit. Et pour cause, car elle est intervenue au moment de la dernière journée de la phase de poule, à un moment où les feux et les caméras étaient braqués sur les stades.

Quelques jours plus tard, le 28 juin un nouveau rassemblement se tient à Sao Paulo. Il réunit quelques centaines de manifestants, on parle de 300 personnes. Un rassemblement dont la tonalité est très clairement la dénonciation de « l’état d’exception » qui accompagne la Coupe du Monde et demander la libération de Hideki et Lusvarghi.

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En face, les forces de l’ordre sont deux à trois fois plus nombreuses. La suite, ce sont des récits de manifestants expliquant que le rassemblement a été violemment dispersé, malgré son caractère pacifique. Plusieurs personnes sont arrêtées puis finalement relâchées sans inculpation.

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Le silence du pouvoir central

 

Une affaire qui politiquement pourrait ressembler à un tir à plusieurs bandes. Si le gouvernement central de Brasilia n’a pas pris position sur cette affaire, sa position pourrait évoluer en fonction des nécessités politiques et médiatiques du moment.

Car si le Brésil est gouverné par Dilma Roussef et le PT (Parti des Travailleurs – centre-gauche), l’État de Sao Paulo est, lui, dirigé par Gerard Alckmin, un des fondateurs du PSDB (Parti de la Social-Démocratie Brésilienne – centre-droite) et qui avait perdu les élections présidentielles face à Lula en 2006.

Geraldo Alckmin concentre une partie des critiques des manifestants tandis que certains membres du PT local sont venus apporter leur soutien à Fabio Hideki. Un soutien qui s’est exprimé d’une part par la signature de la part des jeunes du PT de Sao Paulo, de l’appel demandant la libération de Fabio Hideki. Un député, Adriano Diogo (PT – député de l’état de Sao Paulo) a également rendu visite à Hideki en prison, visite à la suite de laquelle, il a dénoncé des conditions de détentions incompatibles avec la vie démocratique.

Des prises de positions sur lesquelles pourrait s’appuyer le PT pour se désolidariser a posteriori des formes de répression policière sur la période de la Coupe jugées les plus extrêmes par l’opinion, année électorale oblige.

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