UN DRAME NATIONAL À DEUX DOIGTS DU DÉSASTRE

Il était difficile d’écrire au soir du match entre le Brésil et l’Allemagne, peu de choses à dire en plus du bruit médiatique général. La gifle, l’humiliation, la déroute…

Sur le terrain et en dehors, le Brésil rattrapé par ses démons

Il y avait pourtant une ironie à ce que la défaite ait lieu dans ces conditions-là. L’Allemagne n’est pas le Chili ou la Colombie. L’Allemagne représente l’Europe, les pays les plus riches de la planète et d’une certaine manière l’ordre des choses. Le Brésil existe dans le football, malgré lui, malgré ses faiblesses économiques et sociales. Si dans les deux pays le football est un sport populaire, il ne peut pas avoir le même sens, la même symbolique des deux côtés de l’Atlantique.

Il fallait peut-être que s’arrête cette mascarade, ces visages et paysages de cartes postales, d’un Brésil trop lisse, trop sorti du cerveau d’un publicitaire, exotisant à l’extrême un pays qui en même temps qu’il a perdu son football, avait fini de perdre sa dignité, devenu au nom du sport le plus populaire une machine à fric honni par les Brésiliens eux-mêmes.

Ces derniers jours avaient même un goût de malaise avec l’effondrement d’un passerelle d’autoroute dans la ville de Belo Horizonte où se jouait le match entre le Brésil et l’Allemagne. Un pont qui n’avait jamais été fini alors qu’il devait servir pour faciliter l’accès au stade Mineirao en vue de la Coupe du Monde. Une passerelle d’autoroute qui dans sa chute a entraîné la mort de deux personnes et une vingtaine de blessés, un bus, des camions et une voiture, qui passaient sur une voie rapide en dessous, ayant été partiellement écrasés par la chute des blocs de béton.

Dans le stade, pas de minute de silence, pas un hommage, alors que le lendemain on saluait la mort de Di Stefano, grand joueur argentin, vainqueur à de multiples reprises de la Ligue des Champions avec le Real Madrid. Show must goes on. La Coupe du Monde n’était pas celle du Brésil mais de la FIFA au Brésil. Il fallait bien que cet arrière-goût, ce sentiment que quelque chose ne tournait pas rond finisse par rattraper d’une manière ou d’une autre le Brésil et son équipe nationale.

Quelques bus ont brûlés dans la nuit qui a suivi le match, mais malgré ces escarmouches et plusieurs dizaines d’arrestations, le pays semble trop calme, trop résigné. Le réveil risque d’être brutal.

Si les raisons de la défaite du Brésil sont avant toutes sportives, il n’en reste pas moins qu’on ne peut qu’être attristé par une Seleçao qui semble avoir perdu son âme. Déjà des journalistes et spécialistes parlent d’un système de formation broyé par le clientélisme et l’appât du gain lié à l’explosion de la manne financière autour du football. Cela aurait abouti à la dislocation du « style » et du « jeu » brésilien, avec comme symbole le passage du résistant Socrates et sa « démocratie corinthians » à la pop-star Neymar dont les « droits à l’image » appartiennent pour partie à des « fonds d’investissements ».

Mais ce genre de critiques sentent les soirs de défaites, le genre de discours que l’on laisse sous le tapis tant que les résultats (on y revient) sont là. Reste qu’il n’y a aucune raison que cela change, tant les enjeux économiques et financiers autour du football continuent d’aller croissant.

Les certitudes de l’Allemagne

L’Allemagne en face, conserve ce côté implacable, immuable de la sanction. Elle peut arriver à la 92e minute ou par un score fleuve, mais cela fait toujours aussi mal. Une mécanique de haute précision qui ne s’enrhume que très rarement. Le football de haut niveau, avec sa rigueur, son organisation tactique, une constance qui cueille à froid à la première baisse de forme ou erreur de l’adversaire.

Cette erreur, la première, elle vint de David Luiz sur corner, trop sur de lui, et finalement incapable de tenir son marquage sur Thomas Muller, qui put tranquillement marquer du pied droit. Presque trop facile, on joue depuis 11 minutes. Lorsque l’on revoit l’action, on pense à une scène de filature dans un film, et le « suiveur » est pris dans un mouvement de foule qui lui fait perdre de vue sa cible….

Pour le reste, il suffit de revoir les dix premières minutes du match pour comprendre ce qui va suivre. Le Brésil a commencé son match pied au plancher, pensant qu’il pouvait gagner, alors qu’en l’absence de ses deux meilleurs joueurs, Neymar et Thiago Silva, l’enjeu était de ne pas perdre, de tenir et d’espérer. Le début de match du Brésil était de ce point de vue suicidaire, misant sur la possibilité de marquer dès le début de rencontre et ainsi créer le doute chez les Allemands. Pendant cinq minutes, les spectateurs ont cru voir une équipe du Brésil, leur équipe, prendre à la gorge l’équipe d’Allemagne. Ces cinq minutes ont été suivies de ce que l’on sait.

Comment expliquer un tel comportement, une telle tactique ? Le football professionnel n’est pas une performance. Le classement des différentes équipes ne se fait pas par un jugement avec une note artistique, seul (malheureusement?) le résultat au score compte et il faut aussi jouer avec ses qualités mais aussi parfois s’atteler à compenser et masquer ses faiblesses. Le Brésil a refusé de choisir la deuxième option et il l’a payé très cher.

Une valise qui a pesée sur l’autre demie

Un dénouement qui a peut-être contribué à verrouiller le match qui s’est déroulé le lendemain entre l’Argentine et les Pays-Bas. Une rencontre où l’on a senti une certaine retenue de la part des deux équipes. D’un côté les Pays-Bas qui ont eu du mal lors des deux derniers tours face au Costa-Rica et au Mexique, passant proche de l’élimination. De l’autre l’Argentine qui n’est encore parvenue à produire un match référence, malgré des signes d’une plus grande maîtrise face à la Belgique en quarts de finale. Un match qui s’est donc logiquement fini aux tirs aux buts, les deux équipes ne parvenant pas à se départager sur le terrain.

La qualification de l’Argentine arrive comme une forme de soulagement. On ne pouvait qu’être dépité à l’idée qu’une Coupe du Monde au Brésil se termine par un « derby du Rhin », alors que les deux dernières finales de coupes du monde avaient déjà réuni deux équipes européennes (France/Italie et Espagne/Pays-Bas). D’autant plus à l’issue d’une Coupe du Monde où ce sont les équipes latino-américaines et dans une moindre mesure africaines qui sont venus apporter l’essentiel du jeu et des émotions.

L’effondrement d’une bonne partie des sélections européennes, n’aura finalement servi qu’à permettre à l’Allemagne de se frayer un chemin jusqu’en finale en évitant l’Espagne et l’Italie, « bourreau » de la Mannschaft lors des dernières compétitions internationales. Une performance par ailleurs logique au vu des performances des clubs allemands l’an passé qui avaient dominé les compétitions européennes et dont les joueurs composent la quasi-totalité de l’équipe nationale.

En face, l’Argentine risque de faire l’effet d’une friandise, en guise de dessert, à l’issue d’une Coupe du Monde où l’Allemagne n’ a semblé douté que face aux équipes africaines (Algérie, Ghana). Il faut espérer que Di Maria sera remis de sa blessure, sinon Messi risque de se sentir bien seul pour tenter de desserrer l’étau au milieu de terrain.

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