MESSI, ABSURDE MALGRÉ LUI ?

A l’heure des bilans de la Coupe du Monde, chacun va de ses bons et mauvais points, les trophées et citations honorifiques qui complètent le palmarès et viennent distinguer ci et là les joueurs les plus « méritants ».

Dans toutes ces embrassades, la FIFA est venu nommer Lionel Messi meilleur joueur de la Coupe du Monde ??? … Lionel Messi …. ??? Il fallait oser, mais cette fois-ci, point de courage ni d’originalité, simplement l’incapacité des dirigeants de trouver le joueur digne du trône et à même de prétendre au titre du « meilleur d’entre nous ». Lionel Messi est peut-être à l’heure actuelle, le meilleur joueur de football en termes de jeu, de technique individuelle, de statistiques. Mais sur cette compétition, il était un simple figurant, au mieux un second rôle.

On se souvient de Zinedine Zidane en 2006 qui reçut le prix de meilleur joueur de la Coupe du Monde en Allemagne. Le parcours de Zidane relève du roman. Il commence blessé, puis fait un match moyen contre le Togo, laissant les supporters français au bord de la dépression, avant qu’il n’explose en huitièmes de finale face à l’Espagne pour finalement ridiculiser à lui tout seul le Brésil en quarts.

Pour finir ce coup de boule sur Materazzi en finale, conserve ce côté dramatique avec le carton rouge distribué avec l’appui de la vidéo, pourtant interdite. Zidane a habité la Coupe du Monde 2006. En 2014, Messi l’a traversé de bas en haut sans en transcender la substance, sans créer un de ces moments que l’on oublie jamais, pour devenir l’espace d’un match ou deux la quintessence du beau jeu.

Tout fan de football aime ou déteste Messi comme on débat pour savoir qui de Pelé ou Maradona est le meilleur joueur de l’histoire du football. Sur cette compétition point de passion, sauf peut-être pour les supporters argentins qui doivent se dire que sans Messi, l’Argentine n’aurait peut-être pas passer le premier tour.

Mais ici, ne faisons pas le procès de Lionel Messi, il joue au football, très bien d’ailleurs, et aux dernières nouvelles, il n’a glissé de billets dans la poche de personne pour être nommé meilleur joueur de la Coupe du Monde.

Le problème de la nomination de Messi au titre de meilleur joueur est qu’en réalité elle traduit bien le dilemme posé à la FIFA à l’issue de la Coupe du Monde : il n’est pas possible de trouver LE meilleur joueur. Le trône était déjà préparé pour Neymar, qui en cas de victoire de Brésil aurait automatiquement reçu le trophée tant le jeu de la Seleçao reposait sur épaules. Mais voilà, la victoire de l’Allemagne a été la victoire d’un système du jeu, qui repose certes sur des individualités (Lahm, Muller, Neuer…) mais qui joue d’abord sur une densité collective qui fait qu’un seul voir deux joueurs ne peut pas se prévaloir d’être le dépositaire du jeu ou le de la victoire finale.

Aucun joueur n’a transcendé durablement le jeu de l’Allemagne. Muller, Schurlle, Boateng, Gotze… chacun de ces joueurs et d’autres ont à différents moments apporter un plus qui a permis à l’Allemagne de tenir ou de faire la différence face à leurs adversaires. Il n’était donc pas possible de récompenser un joueur au sein de cette équipe, d’autant plus que le meilleur buteur de la compétition, James Rodriguez, fait partie lui de la sélection colombienne.

 

Faut-il bannir les récompenses individuelles ?

 

Dans une équipe, il est toujours possible qu’un joueur sorte du lot, qu’il tire l’équipe vers l’avant, et soit par ailleurs capable à lui tout seul de « faire la différence », même si l’existence de ce type de « joueurs providentiels » peut aussi être le produit du système du jeu où l’on joue pour un joueur.

Mais parfois il peut être utile de distinguer plusieurs joueurs dont la combinaison permet à une équipe de faire la différence.

L’exemple le plus flagrant est celui du ballon d’or 2010, le Ballon d’Or récompensant le meilleur joueur de l’année évoluant dans un club européen. Cette année-là, les trois finalistes du ballon d’or sont Lionel Messi, Xavi Hernandez, et Andres Iniesta qui évoluent tous les trois dans le club du FC Barcelone. Xavi et Iniesta viennent par ailleurs de remporter la Coupe du Monde avec l’Espagne.

Parce qu’il fallait choisir un joueur, les votants ont choisi Lionel Messi, plutôt que de récompenser ex æquo Xavi et Iniesta qui à l’époque s’imposent comme la meilleure paire de milieux de terrain au monde, et dont le rôle au sein du collectif barcelonais est aussi, voir peut-être plus important, que celui de Lionel Messi. Des joueurs qui ne recevront jamais le Ballon d’or parce qu’il récompense un « homme seul » ce qui en football n’existe quasiment jamais.

Depuis Lionel Messi a gagné quatre ballons d’or, et est devenu à force de recevoir de récompenses individuelles, cette espèce de solution de repli quand on ne trouve personne à distinguer. Il y aura toujours Lionel Messi, « le meilleur joueur du monde ». A quoi bon ?

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