EN INDE, ON JOUE (AUSSi) AU FOOTBALL

En ce début de mois de septembre, les championnats européens de football ont désormais repris leur droits occupant les week-ends de millions de fans. Mais le mois de septembre, c’est aussi la fin du marché des transferts, le « mercato », qui cette année a été de nouveaux sommets dans la folie dépensière des clubs prêts à débourser des sommes astronomiques pour s’arracher les meilleurs joueurs de la planète.

Mais ici, nous ne parlerons pas des Di Maria, Falcao ou James Rodriguez, mais plutôt d’un des transferts les plus surprenants de ce mercato. Fin juillet, on apprend le transfert de David Trezeguet au FC Pune City, un club indien. Une surprise, au premier abord, pour un pays qui n’est pas connu pour son engouement autour du football. L’Inde est plutôt régulièrement associé au cricket, sport national, où les équipes indiennes excellent sur le plan international, puisqu’ils ont remporté la dernière Coupe du Monde en 2011.

Transformer le football en sport majeur

Mais l’Inde est un grand pays, et peut-être qu’il reste un peu de place pour les fans de football. C’est en tout cas le pari que font les créateurs de L’Indian Super League. L’ISL est une compétition réunissant 8 clubs, avec une phase de championnat, puis une phase finale où les quatre meilleures équipes se retrouvent en demi finale (aller/retour) puis une finale sur un match qui décide du vainqueur de la ligue. Ce format s’inspire directement du championnat indien de cricket, l’Indian Premier League (IPL) et reprend le système américain des franchises.

Un système de franchises que l’on retrouve dans les sports américains (Basket, Football américain, Base-ball et Hockey) et repris en Major League Soccer, le championnat nord-américain de football. Contrairement au système des clubs en Europe, les franchises ne sont pas associés à une ville mais à un propriétaire qui achète une franchise et se charge de trouver une implantation géographique. L’histoire la plus célèbre est celle de l’équipe de base-ball des Dodgers, au départ implantée à Brooklyn, New-York avant de déménager à Los Angeles à la fin de l’année 1957.

D’autre part ce système exclut tout logique de promotion/relégation. L’intégration ou la disparition d’une franchise est lié à des questions de santé économique ou la volonté d’un propriétaire de vendre son équipe.

Le club avec lequel s’est engagé David Trezeguet, le FC Pune City est l’une des 8 franchises mis en vente à l’occasion du lancement de l’ISL. Le prix payé pour l’achat de ces franchises est évalué en moyenne à 120.000.000 de roupies (plus d’1,5 millions d’euros), mais l’on sait déjà que l’Atletico de Kolkata s’est adjugé à 180 millions de roupies (environ 2,3 millions d’euros).

Une compétition de prestige donc, dans un pays qui compte déjà un championnat de première division, la I-League. Celui-ci existe depuis 2007, mais ne parvient pas à susciter l’engouement espéré avec des enceintes au public souvent clairsemé. L’ISL semble donc une tentative « par le haut » de susciter cet engouement en injectant des sommes astronomiques et en faisant venir des anciennes gloires du football mondial afin d’accrocher un public qui regarde le football, et les championnats européens sur les télés par satellite plutôt qu’en allant au stade pour voir évoluer l’équipe locale.

Outre Trézeguet, on retrouvera dans l’ISL des joueurs comme, Freddie Ljunberg (Mumbay City FC), Alessandro Del Piero (Delhi Dynamos FC), Joan Capdevilla (North East United FC), David James (Kerala Blasters) et l’on annonce Zico pour entraîner l’équipe du FC Goa, équipe au sein de laquelle évoluerait David Pires. Les Chennai Titans seraient également en négociation intensive pour faire venir Ronaldinho.

Toutes ces anciennes gloires se retrouveront au côté de joueurs indiens et d’autres joueurs étrangers venus des quatre coins du globe pour une compétition prévue pour durer deux mois, d’octobre à décembre 2014. Autant dire un ballon d’essai destiné à mesurer la viabilité du modèle dans le contexte indien. Car l’organisation de l’ISL ne signifie pas la disparition de la I-League, la première division indienne qui est maintenue pour la saison 2014/2015 mais qui pourrait être amené à disparaître ou être transformé en ligue mineure si l’ISL parvient à s’imposer comme une compétition majeure dans le paysage sportif indien.

Du côté de l’argent

Dans cette optique plusieurs clubs ont pris les devants pour éviter de disparaître en cas de succès de l’ISL. Le club de Shillong Lajong est l’un des propriétaires du club de North East United. Les propriétaires de Salgaocar FC et du Dempo SC (club le plus titré de la I-League) sont associés comme propriétaires du FC Goa. A noter que ces deux derniers clubs ne portent pas le nom de villes mais de sociétés Salgaocar et Dempo sont des grandes entreprises indiennes dont l’activité principale est dans le secteur minier.

A côté de ces clubs indiens, on retrouve également des clubs étrangers qui se retrouvent actionnaires de certains clubs. Parmi les propriétaires de l’Atletico de Kolkata, on retrouve… l’Atletico de Madrid. La Fiorentina est également actionnaire du FC Pune City ou jouera David Trezeguet. Ces partenariats permettent de faciliter les contacts avec des joueurs mais aussi des techniciens, entraîneurs capables de faire progresser les joueurs locaux et élever le niveau de jeu du football en Inde.

Parmi les propriétaires de ces nouvelles franchises, on retrouve pêle-mêle des anciennes gloires du cricket (Sourav Ganguly, Sachin Tendulkar), des stars du cinéma bollywoodien (Abhishek Bachchan, Salman Khan, Ranbir Kapoor…), des dirigeants de grandes entreprises indiennes (Sanjiv Goenka, Venugopal Dhoot, Prasad V. Potluri…), un mélange des membres des plus hautes sphères de la société indienne qui s’associent pour promouvoir ce qui s’annonce comme une opération de grande ampleur.

IMG-Reliance, l’organisateur de cette compétition est une association de la société Reliance Industries, multinationale basée en Inde et connue principalement pour son activité dans le domaine des hydrocarbures, et IMG société de production et de diffusion d’événements sportifs. IMG est propriétaire des droits de diffusions d’événements comme la Première Ligue anglaise, le Masters de Tennis de Miami, ou encore l’IPL, le championnat indien de cricket.

La débauche de moyens correspond à une volonté de construire une équipe et un championnat de football compétitifs sur la scène continentale à l’image de ce qui peut se passer en Chine. Les intérêts sont bien sur économiques tant la manne financière drainée est colossale est représente des enjeux non négligeables dans un pays aussi peuplé que l’Inde.

Pourtant la question reste de savoir si le football peut parvenir à devenir un sport populaire qui parvient à susciter une ferveur comparable à celle qui entoure le cricket. Cela semble peu probable dans l’immédiat, et la question reste de savoir si en cas d’échec de « l’Opération ISL », le football indien ne risque-t-il pas de retourner à la cave ?

Une possibilité qui ne semble pas se profiler dans l’immédiat, l’Inde se préparant à recevoir en 2017 la Coupe du Monde des moins de 17 ans, et donc de pouvoir mesurer ses « jeunes pousses » aux équipes du monde entier. Une génération qui pourrait à terme devenir la première équipe indienne parvenant à se qualifier pour la Coupe du Monde de Football ou encore remporter une première Coupe d’Asie des Nations.

Maintenant, vous le savez. En Inde aussi on joue au football et on peut même être payé pour ça. Et peut être même qu’un jour vous pourrez parlez de ce fameux numéro 10 indien, vous savez, un certain …

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