LE FOOTBALL AMÉRICAIN, UN SPORT DE MECS

« L’affaire Rice » a fait l’effet d’une bombe de l’autre côté de l’Atlantique. Une explosion dont l’effet a été retardée jusqu’à la diffusion d’une vidéo montrant Ray Rice, Running-Back des Baltimore Ravens, assommant d’un coup de poing sa fiancée et désormais épouse Janay (Palmer) Rice.

Une affaire dont la dimension spectaculaire peut masquer le caractère banal de ce type de violences aussi bien dans la société américaine (2340 morts en 2007, dont 1640 femmes) qu’au sein de la NFL. Il ne se passe pas une saison sans qu’un joueur ne manque d’être arrêté, mis en examen ou (trop rarement) condamné pour des violences envers des femmes, qu’elles soient leurs épouses, petites amies, ou de simples inconnues rencontrées dans la rue ou dans un bar. Pour les seules violences conjugales, plus de 80 cas ont été recensés depuis 2000 avec déjà 5 affaires en cours pour la seule année 2014.

Des violences qui vont de coups portés en marge d’une bagarre jusqu’au meurtre comme dans le cas de Jovan Belcher, Linebacker des Kansas City Chiefs qui, en décembre 2012, s’était donné la mort devant le stade des Chiefs après avoir tué sa femme, laissant leur fille orpheline.

Au sein de la NFL, le problème posé par les violences domestiques et plus généralement les violences envers les femmes a pris une tournure particulière du fait de la diffusion d’une vidéo de sécurité d’un ascenseur d’hôtel à Atlantic City, montrant Ray Rice assommer sa fiancée d’un coup de poing au visage. Cette vidéo et sa diffusion pose plusieurs problèmes. Elle a d’autre part révélé le double-discours de nombre d’acteurs associés à la NFL et au football américain qui ont jusqu’au bout cherché à minimiser ou relativiser les accusations de violence portées à l’encontre de Ray Rice.

Ce type de discours n’est pas nouveau et va de pair avec l’effet pervers consistant à appliquer de manière systématique la logique de « présomption d’innocence » aux cas de violences domestiques qui ont lieu le plus souvent à l’abri des regards (« behind closed doors ») avec aucun témoin pour appuyer la version de la victime qui doit prouver par son simple témoignage et d’éventuelles traces de coups portés la réalité de la violence dont elle est victime. Le revirement de nombre d’observateurs, qui aujourd’hui se liguent pour dénoncer Ray Rice est à la hauteur de l’hypocrisie qui accompagne ces sujets, car sans la vidéo diffusée par TMZ, il était – selon ces mêmes médias – légitime de penser que Janay Rice pouvait en avoir rajouté ou menti en affirmant avoir été violemment brutalisée.

En quelques jours, plusieurs cas de violences domestiques au sein de la NFL ont eux aussi fait la une des journaux, à commencer par Ray McDonald (49ers) qui aurait violenté sa fiancée enceinte le 31 août dernier, lui laissant des ecchymoses sur le cou et les bras. Le même soir Quincy Enunwa (Jets) est arrêté pour avoir agressé sa petite amie dans une chambre d’hôtel. Le 12 septembre, Adrian Peterson (Vikings) est arrêté pour abus sur mineur, il aurait tenté de discipliner son fils en le fouettant. Pour finir, le 19 septembre, Jonathant Dwyer (Cardinals) est à son tour arrêté pour avoir violemment agressé sa femme à qui il aurait notamment brisé le nez à coups de poings. A toutes ces affaires s’ajoutent aussi celles de Greg Hardy (Panthers), condamné en juin pour avoir agressé et menacé son ex-petite amie, son procès en appel est prévu pour le 17 novembre.

Pourquoi tant de violences ?

Plusieurs articles publiés dans les médias américains sont revenus sur le caractère endémique des violences domestiques au sein de la NFL. Ce nombre élevé de cas a plusieurs sources qui peuvent résider à la fois dans les constructions sociales qui accompagnent la vision traditionnelle du couple, des rôles joués en leur sein par les hommes et les femmes et qui sont finalement exacerbés dans le cas du football américain.

Super-Héros jetables

D’abord, un joueur de football est construit et se construit comme une forme de « surhomme » ou du moins d’une incarnation d’un idéal masculin construit par la société américaine. Vitesse, force, résistance physique et psychologique, être capable de « se sacrifier pour l’équipe », dissimuler ses faiblesses aux yeux de l’adversaire… Les joueurs de football sont des guerriers, des gladiateurs, dans un sport qui se veut un affrontement de tous les instants testant les limites du corps et de sa résistance physique. On entend parler de l’espérance de vie des footballeurs qui ne dépassent pas la cinquantaine d’années ou doivent faire face à de nombreuses blessures et lésions, conséquences des chocs et traumatismes accumulés ou cours de carrières souvent très courtes (3 ans et demi en moyenne).

Pour beaucoup de joueurs, ces courtes carrières s’accompagne  d’une incertitude permanente, l’impossibilité d’avoir une visibilité à moyen terme que ce soit sur le plan financier ou même géographique avec parfois l’obligation de bouger d’une ville à l’autre en fonction de la nécessité de changer d’équipe pour espérer poursuivre sa carrière. On l’a dit, pour la majorité des joueurs, celle-ci s’arrête au bout de 3 ou 4 ans. Ces courtes carrières s’accompagnent aussi de nombreuses et souvent violentes blessures qui peuvent mettre un terme à une carrière mais qui ont aussi des conséquences par la suite.

Cette incertitude pèse sur les femmes de joueurs qui sont elles-même confrontés au stress qui accompagne cette situation et sont elles-mêmes confrontés à l’obligation de faire des choix parfois douloureux à des moments de leur vie où elles construisent leur avenir. Une carrière en NFL pour une femme de joueur peut signifier arrêter ou mettre en suspens ses études, devoir arrêter de travailler si un contrat est obtenu dans une équipe à l’autre bout du pays.

Ces carrières courtes sont liées à l’intensité et la violence des efforts exigés sur le terrain. L’une des conséquences est le caractère parfois apathique et amorphe des joueurs en dehors du terrain et ainsi incapables d’assumer les responsabilités qui vont avec une vie de couple, l’éducation des enfants. Une situation source de nombreux conflits et parfois de violentes disputes, tant les joueurs sont placés dans un cocon qui les exonèrent de toutes responsabilités en dehors du terrain mais aussi en terme de sociabilité ce qui marginalise les compagnes dans la vie des joueurs totalement absorbés par leur carrière professionnelle.

Femmes de…

Les femmes de joueurs NFL sont donc progressivement dépossédées de leur propre existence. Elles doivent subir les conséquences liés au fait d’accompagner la carrière de leur mari/compagnon. Cette situation est à la fois lié à l’organisation de la vie des joueurs de NFL dont les prises de décisions sont subordonnées à des discussions qui ont lieu au sein des staffs des équipes et sur laquelle le joueur et a fortiori sa femme ont peu de prise, mais d’une manière générale, la vie d’un footballeur professionnel est commandé par son club.

Le caractère potentiellement lucratif de telles carrières pousse les femmes à accepter ses sacrifices. Des sacrifices qui vont de pair avec un discours familialiste très fort aux États-Unis, qui pousse les femmes à vouloir préserver l’unité du couple, de la famille, s’incarner dans un rôle de soutien à son mari, s’occuper des enfants. D’une certaine manière, la caricature de la famille traditionnelle. Cette situation, parce que lucrative et pourvoyeuse d’un train de vie confortable, est acceptée par les femmes de joueuses qui s’intègrent dans une sociabilité qui est celle de la NFL, des femmes de joueurs, d’événements caritatifs, ce qui malgré l’aisance qui va avec, tend à calquer leur vie sur celles de leurs compagnons renforçant la dépendance de ces dernières vis-à-vis de la carrière de leur maris.

Cette logique est également encouragée par la communication de la NFL qui pousse les femmes de joueurs à participer aux œuvres de charité organisées par la Ligue, les femmes mariées étant bien sur mieux vues que les « petites amies ».

Cette situation enserre les femmes de joueurs dans un double dilemme en cas de violences. Le fait d’en parler, de s’adresser aux autorités (police/justice), c’est prendre le risque de mettre en danger la carrière de son mari, et donc de subir une déchéance financière et plus généralement avoir le sentiment que la dénonciation aurait des conséquences plus graves pour la vie du couple que la violence en elle-même.

Ce type de situation est commune au sein de la NFL et il est difficile d’y remédier tant les femmes de joueurs sont progressivement intégrée à une sociabilité où elles finissent par passer le plus clair de leur temps avec d’autres femmes de joueurs. Dans ces conditions s’instaurent une forme de « loi du silence » où les autres femmes de joueurs sont en apparence des confidentes, mais qui peuvent à tout moment en parler à leur mari qui lui-même finira par rapporter cette discussion au joueur concerné. Un cercle vicieux en somme qui pousse les femmes de joueurs à accepter les violences domestiques comme une « rançon du succès » et d’une certaine manière de s’accommoder des « humeurs » de maris qui réalisent leurs rêves et qu’il faut soutenir jusqu’au bout.

L’attitude des autorités

La mansuétude de la NFL

La NFL a une responsabilité significative dans les affaires de violences domestiques. Cela peut sembler paradoxale mais les décisions prises par la Ligue sont peut-être plus importantes que celle de la justice sur ce type d’affaires. Car cela pose un enjeu de visibilité, le football américain est le sport le plus populaire aux Etats-Unis mais aussi le plus lucratif. Les revenus de la NFL dépassent les 9 milliards de dollars annuels et le Super Bowl, la finale du championnat est un événement regardé chaque année par plus de 130 millions de téléspectateurs.

De ce point de vue, les joueurs de football ne sont pas simplement des sportifs mais des personnages publics dont l’attitude est scrutée et vécue comme un exemple à suivre par des millions de fans à travers le pays et au-delà.

La NFL est en consciente et sait utiliser cette visibilité. Elle l’utilise par exemple pour soutenir les troupes américaines présentes à l’étranger dans le cadre des guerres menées par les Etats-Unis (Irak, Afghanistan). Un engagement discutable, mais qui est présenté comme faisant partie des fondamentaux « fabric » de la NFL. Cet engagement patriotique est ici un symbole de l’utilisation consciente du football comme outil pour influencer l’opinion américaine.

Cela se retrouve aussi dans les contrats des joueurs. Il y est précisé que ces derniers doivent répondre positivement aux demandes de leur club de participer à des actions de « relations publiques et de promotion » en faveur du club ainsi qu’à des œuvres de charité auxquelles leur équipe est associée. Dans une saison, cela peut représenter une dizaine d’engagements.

Sur un plan personnel, en signant un contrat un joueur s’engage moralement sur et en dehors du terrain à avoir un comportement « approprié » et affirme qu’il est conscient que le « succès de son sport » repose « sur le soutien et l’approbation du public ». Le joueur s’expose également à être licencié « si ces actions affectent l’image de son équipe ».

Toutes ces précisions amènent à une question. Les violences domestiques commises par un joueur à l’encontre de sa femme et/ou de ses enfants ne sont-ils pas des comportements « inappropriés » ? Ou qui risque « d’affecter l’image du club » et d’aliéner le crédit de la ligue auprès de ses millions de fans ?

Les violences faites aux femmes ne sont visiblement pas une cause comparable à l’effort militaire des États-Unis dans le monde. Où est la surprise ? S’il l’on voulait extrapoler la guerre comme le football ont leurs « champs de batailles » et leurs « dommages collatéraux ».

La conclusion est également que la NFL ne considère pas que le problème des violences domestiques dont se sont rendus responsables plusieurs dizaines de joueurs ces dernières années seraient une source suffisante d’inquiétude pour lancer une vaste opération de sensibilisation mais aussi de sanctions à l’égard des joueurs qui se sont rendus coupables de tels actes.

Dans les contrats des joueurs il est précisé que tout joueur qui se serait rendu coupable de « toute forme de conduite jugée raisonnablement comme étant nuisible pour la Ligue [la NFL] ou au football professionnel » peut se voir sanctionné, une sanction qui peut aller de l’amende à la suspension à vie.

Dans le cas de Ray Rice, la suspension à vie n’est pas liée au fait qu’il ait frappé sa femme mais que « le public » ait pu en voir les images après qu’elles étaient diffusés sur internet par la presse people. La NFL s’est donc désolidarisé d’un joueur qui s’est fait prendre et qui risque par seule présence porter préjudice à la bonne conduite des affaires de la NFL. Une ligue dont les dirigeants ne sont pas innocents puisque la presse américaine a révélé que la Ligue aurait en sa possession une copie des vidéos des caméras de surveillance depuis le mois d’avril, jetant le discrédit sur la soi-disant surprise de Roger Goodell, le président « commissionner » de la NFL, au moment de la sortie des images sur le net.

Les équipes ont elles aussi leur responsabilités. La presse américaine avait pointé le fait que plus d’une dizaine de joueurs avait pu continuer à jouer malgré des accusations et des procédures en cours pour violences domestiques. Une attitude confirmée en ce début de saison où Ray McDonald ou Greg Hardy ont pu prendre part à des matches du championnat américain malgré les procédures en cours pour violences domestiques.

Derrière le discours qui consiste « à s’en remettre à la justice », on signale au public et aux juges que l’on a besoin de ses joueurs et qu’il serait « dommageable » pour l’équipe qu’ils soient condamnés et donc que l’équipe soit obligée de les sanctionner.

Nombre de médias américains ont pointé la décalage entre la banalité des violences domestiques au sein des joueurs de la NFL et la faiblesse des sanctions subies par les joueurs impliqués. Des suspensions d’un ou deux matches, des joueurs « libérés » par leur club mais aucune volonté d’affronter le problème et d’impliquer la NFL dans le combat contre les violences faites aux femmes.

Du côté des juges : peu de condamnations

Lorsque l’on regarde du côté de la justice, on se rend compte que la même tolérance vis-à-vis des violences domestiques semble de mise. Lorsque l’on regarde les plus de 80 cas au sein de la NFL recensés par USA Today, on constate que peu de procédures aboutissent à des condamnations. Dans une majorité de cas, les affaires sont soit classées sans suite « charges dropped » (19 cas), soit les joueurs sont placés en probation mais laissés libres (11 cas) ou encore suivent des « diversion program » (14 cas) qui sont des programmes que les accusés acceptent de suivre pour éviter un procès. Ils peuvent inclurent des programmes de prévention, des travaux d’intérêts généraux, des ordonnances restrictives…

Ray Rice a bénéficié d’un des ces programmes. Au mois de mai dernier, une cour du New Jersey a choisi de lui faire bénéficier d’une PTI « Pre-Trial Intervention » ce qui lui permet d’éviter un procès.Il participe à un programme de réhabilitation sur une période d’un an en l’échange de quoi toutes les poursuites sont abandonnées. Une décision qui selon le procureur en charge de l’affaire a été prise après « un examen attentif des informations contenues dans le dossier de M. Rice, à la lumière de tous les éléments recueillis pendant l’enquête ».

Où sont les Experts quand on a besoin d’eux ? Personne n’avait vu la vidéo ? Aucun enquêteur n’a fait la démarche de recueillir des « éléments » si décisifs ? Une pièce visiblement absente du dossier mais qu’un tabloïd a pu se procurer en un tour de main. Une affaire qui frise le ridicule puisqu’il faut par ailleurs rappeler que Janay Rice avait elle aussi été accusé au même titre que son fiancé de l’époque pour « son rôle » dans la dispute.

Dans un pays où la couleur de peau (notamment pour les populations noires) reste un facteur important de discrimination, la situation des sportifs de haut niveau apparaît comme originale. En effet, selon une étude du sociologue Earl E. Smith, les sportifs de haut niveau, sont l’une des seules catégorie sociale aux États-Unis, où les noirs ont moins de chances d’être condamnés par la justice que leurs « camarades » blancs pour des actes de violences contre des femmes.

Un paradoxe qui s’explique par le fait qu’ils ne sont plus simplement définis par leur couleur de peau mais aussi par le fait qu’ils sont protégés par leur statut de sportif de haut niveau et qu’ils représentent ainsi d’importantes sources de revenus pour des hommes… blancs notamment en NBA et en NFL où ils constituent la majorité des joueurs. On peut donc avancer que tout le discours de pardon qui accompagne les joueurs qui se sont rendus coupables de violences conjugales se rapportent au fait qu’ils sont des sources colossales de revenus pour leur équipe et pour la NFL en général.

Les avocats comme les juges sont conscients de ces enjeux. Ils participent à leur manière à couvrir ces agissements, les uns pour l’argent, les autres par manque de considération pour des affaires qu’ils jugent à la légère, probablement pris par des sentiments d’admiration pour ces « héros modernes » que sont les sportifs de haut niveau mais peut-être aussi par l’idée qu’une femme qui prend des coups de son mari doit probablement l’avoir cherché.

20 ans de VAWA

Cette accumulation d’affaires et d’amateurisme dans la gestion des cas de violences conjugales « tombe mal ». Elle intervient au moment où l’administration américaine « célèbre » les vingt ans du VAWA (Violence Against Women Act), une loi votée en 1994 sous l’administration Clinton et à l’époque porté par le sénateur Joe Biden, aujourd’hui vice-président des Etats-Unis. Depuis quelques semaines, des résultats élogieux accompagnent cet anniversaire. Les chiffres publiés parlent d’une diminution des violences faites aux femmes. Dans le cas des violences conjugales, les rapports du ministère de la justice parlent d’une baisse de 53 % entre 1993 et 2008. Une baisse à mettre en parallèle avec une diminution générale sur les vingt dernières années des faits de délinquances enregistrés par le ministère de la Justice, les homicides en particulier(dont le taux par habitant aurait été divisé par deux en 20 ans). Ces chiffres sont pourtant à nuancer, ils montrent notamment que sur l’ensemble des homicides commis chaque année sur des femmes, une proportion plus importante est aujourd’hui imputable à des compagnons ou ex-compagnons (maris/petit ami – 45 % aujourd’hui contre 35 % en 1995 et 43% en 1980).

Ain’t nobody’s business

Le problème posée par ces affaires de violence est notamment qu’elles ont été traitées comme des affaires médiatiques, de relations publiques, la prime étant donné à la violence des images diffusées par TMZ. Ce sont ces images qui ont déclenché l’indignation. Si pour une partie du public, elles sont le révélateur de la réalité des violences faites aux femmes, elles nous maintiennent enfermés dans un rapport où le téléspectateur peut alterner entre le choc face à la violence et une forme d’admiration malsaine pour la « qualité » du coup poing infligé par Ray Rice à sa fiancée la laissant inconsciente dès le premier coup.

La diffusion de ces images s’est d’ailleurs faite sans le consentement de Janay Rice qui au cours de cette procédure est passée du statut de co-accusée, obligée de présenter ses « regrets » pour son rôle dans cet « incident », à celui d’une pauvre victime, sans qu’on est eu le sentiment qu’elle ait pu avoir son mot à dire.

Beaucoup se sont étonnés du fait qu’elle ait finalement accepté de se marier avec Ray Rice ou encore qu’elle ait finalement décidé de soutenir son mari après la diffusion des images du coup porté par Ray Rice. Pourtant, ces réactions tombent sous le sens lorsque l’on regarde la manière dont l’affaire a été gérée. A aucun moment, ni la NFL, ni la plupart des médias, ni la justice, n’ont cherché à se préoccuper de ce que voulait Janay Palmer mais plutôt de savoir s’il fallait condamner Ray Rice. Dans ces conditions, à qui doit-elle faire confiance ?

Être victime de violence conjugale, c’est perdre un peu plus le contrôle sur sa vie. Chacun à sa manière à participer à déposséder Janay Rice de sa vie et de ses choix, quel que soit notre avis sur ces derniers.

C’est peut-être ici que se situe la réponse aux problèmes de violence au sein de la NFL. Pour y réfléchir on peut par exemple écouter le témoignage de Dewan Smith-Williams, mariée à l’ancien joueur de NFL Wally Williams et qui a été elle-même victime de violences conjugales. Selon elle, Se contenter d’accentuer la sévérité des sanctions sportives contre les joueurs n’est pas nécessairement la meilleure réponse dans la mesure où elle accentue la pression sur les femmes de joueurs, qui seront confrontés à des décisions aux conséquences financières potentiellement lourdes. Les propositions faites par Roger Goodell, le président de la NFL restent centrées sur la condamnation du « coupable » (6 matches de suspension puis suspension à vie en cas de récidive) mais qui ne permettent pas à la victime de reprendre le contrôle sur sa vie.

Aujourd’hui, 63% des femmes américaines vivant sans domicile fixe disent avoir été victimes de violences conjugales, des violences considérées comme l’une si ce n’est la principale cause de clochardisation pour les femmes aux États-Unis.

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