C’EST DANS LES VIEUX POTS…

« For my trapped in the 90s niggas » Nas

Pour prolonger notre détour vers les Etats-Unis, il fallait parler d’un album sorti cet été et qui me semble être digne d’une attention particulière pour tous les amateurs de bonne musique et des aficionados de hip-hop en particulier. Il fallait en parler car vous avez peu de chances de l’entendre à la radio sauf dans quelques émissions spécialisées, et encore moins à la télévision (française s’entend…).

Il s’agit de l’album There is Only Now signé par le groupe Souls of Mischief. Pour ceux qui ont une mémoire d’éléphant et une curiosité à toute épreuve, Souls Of Mischief, vous évoquera sûrement quelque chose. 93 til Infinity, un morceau et un album du même nom qui ont marqué les esprits lors de sa sortie en 1993. Un son nonchalant sur lequel le crew d’Oakland lâche les rimes presque négligemment comme pour fustiger les acharnés d’un game que ces rappeurs survolent dédaigneusement.

Depuis, on se disait que l’univers avait peut-être fini par faire courber la trajectoire ascendante des Mischiefs d’Oakland. Quelques albums sortis discrètement ces vingt dernières années, ne passant pas les portes de la cave, des sons à faire tourner en mode « Qu’est-ce que tu deviens ? ». Le dernier en date Montezuma’s Revenge sorti en 2009, était un bon exemple de la volonté de maintenir en vie un style de rap, en vogue entre la fin des années 1990 et début 2000, affublé parfois du nom « hip-hop alternatif », traduction d’un (très) bon son vendu en petite quantité.

Document19

Pour revenir à There Is Only Know, on est face à un album particulier, car si les Souls of Mischief occupent la couverture de l’album, beaucoup sont revenus sur les productions et la musique qui accompagnent les lyrics du groupe. Un musique signé Adrian Younge qui a définitivement apporté sa pâte à un album qui tranche avec la majorité des productions sortis ces derniers temps. Younge qui revendique un son qui va puiser son inspiration dans les années 1968-1973, époque faste de la musique américaine, et dont le producteur a extrait quelques échantillons avec des sonorités qui voguent entre des sonorités funk, soul et rock psychédélique.

Si Monsieur Younge vous intéresse, sachez qu’il a notamment commis quelques productions pour Messieurs Jay-Z et Ghostface Killah, une manière de dire que nos Mischiefs ne sont pas n’importe qui…

Pour les oreilles les plus averties, il y aurait tout un ouvrage à écrire sur les ressources mises à contribution par le producteur. Nous nous contenterons de quelques exemples sortis des tréfonds d’une mémoire d’auditeur chatouillé à l’écoute de There Is Only Now. Mais en quelques mots, la source principale de ses productions est à rechercher du côté des bandes sons des films de la Blaxploitation (Superfly, Black Ceasar, The Mack…), il a d’ailleurs réalisé la bande originale du film Black Dynamite, sorti en 2009, et qui parodie les films du genre.

Superfly - CM

Adrian Younge est ainsi parti se plonger dans une époque qui a constitué une source inépuisable de samples pour des générations de DJ. Le morceau Ghetto Superhero semble être une référence directe au morceau Cissy Strut des Meters, véritable monument de la funk, dont la discographie a été largement réutilisée par des dizaines de rappeurs. On retrouve des accents du Sixty Minutes Man de Rufus Thomas sur le morceau Panic Struck, et le son des guitares de The last act résonne en écho au classique d’Iron Butterfly, In a gadda de vida.

Ces références qu’elles aient été réfléchies ou non, produisent une ambiance, nous emmènent dans un univers, une réussite qui tient aussi à la musicalité de l’album où les échantillons instrumentaux donnent l’impression d’être face à une orchestration et plus simplement un travail de platines assisté par ordinateur. C’est ici l’une des réussites de l’album, parvenir à faire un album de rap, ou le beat funk n’est plus simplement un support, mais un élément sonore qui trouve son autonomie et sa musicalité.

Du côté des paroles, les Souls of Mischief se sont attelés à raconter tout au long de l’album une histoire digne d’un thriller, où se mêle histoire d’embrouilles avec fusillades, vengeance, les Mischiefs refont le film collant ainsi à la bande son proposé par Adrian Younge.

Concentrated Fire

Une chose à noter cependant. Tout bon film est nécessairement illuminé par des seconds rôles qui finissent par voler la vedette et crever l’écran. C’est le cas sur cet album, avec le featuring de Busta Rhymes qui signe peut-être le meilleur morceau de l’album avec le Womack’s Lament. Le morceau est une véritable déflagration, l’espace d’une minute trente, on assiste à un numéro d’artificier, sur un morceau construit comme l’avis de recherche d’un homme à abattre.

Cette idée du personnage interprété par Busta Rhymes est peut-être une piste qui aurait pu être développée sur l’album, associer un son à une voix, développer des personnages, trouver des moyens de rendre encore plus cinématographique l’album.

Reste que l’album constitue une véritable réussite qui mérite qu’on s’y attarde, et pourquoi pas en profiter pour (re)découvrir l’univers musical des Souls of Mischief.

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