NFL – QUI VEUT LA PEAU DES REDSKINS ? (Première Partie)

Début novembre 2014, une manifestation a réuni près de 5.000 personnes devant le stade de l’université du Minnesota qui accueillait la rencontre de NFL entre les Minnesota Vikings et les Washington Redskins. Cette manifestation était dirigée contre l’équipe de Washington ou plutôt contre le nom de la franchise.

Une manifestante brandit une pancarte "Pas Votre Mascotte" lors de la manifestation organisée le 2 novembre à Minnesota

Une manifestante brandit une pancarte « Pas Votre Mascotte » lors de la manifestation organisée le 2 novembre à Minnesota

En France, le terme Redskins peut faire penser à une marque de vêtements, ou au nom des skinheads antifascistes apparus dans les années 1980. Mais ce terme est avant tout l’équivalent en anglais du mot « peaux-rouges », l’un des surnoms par lequel étaient qualifiés les populations indiennes d’Amérique du Nord.

Aujourd’hui, nombre d’activistes amérindiens demandent à ce que le nom du club soit changé. Ils estiment qu’il est une insulte faite aux peuples natifs d’Amérique du Nord. Et si cette manifestation n’est pas la première du genre, c’est l’une des plus importantes en nombre dans une région des États-Unis où l’on compte d’importantes concentration de populations indiennes.

Dans les médias, la pression s’accentue également. Le magazine Rolling Stone a élu fin novembre Dan Snyder, le propriétaire des Washington Redskins, le « pire propriétaire » de l’ensemble des clubs professionnels américains. Le magazine The New Yorker s’est lui fendu d’une une couverture dénonçant l’usage du nom Redskins par la franchise de Washington. Autre exemple, l’épisode de South Park qui a récemment singé les Washington Redskins et Dan Snyder, consacré roi du « Go F*ck Yourself ».

Pourquoi tant de haine ?

Les Washington Redskins sont l’une des plus anciennes franchises de la NFL. Si l’équipe a été rachetée par Dan Snyder en 1999, le nom « Redskins » lui date des années 1930. A l’époque, l’équipe dispute ses matches à Boston. Le club partage alors son nom avec l’unes des équipes de baseball de la ville, toutes deux s’appelant les « Braves » (un autre surnom en référence aux amérindiens). Le président de l’époque, George Preston Marshall, décide alors de changer le nom pour rebaptiser son équipe les « Redskins ». L’histoire veut que Marshall ait choisi ce nom en hommage à son entraîneur, William « Lone Star » Dietz qui avaient des origines indiennes. L’équipe sera ensuite déménagée à Washington pour y rester jusqu’à aujourd’hui.

A gauche: George Preston Marshall, propriétaire des Redskins de 1932 à 1969 A droite: William "Lone Star" Dietz, coach des Redskins entre 1933 et 1934, avant leur déménagement à Washington (1937)

A gauche: George Preston Marshall, propriétaire des Redskins de 1932 à 1969
A droite: William « Lone Star » Dietz, coach des Redskins entre 1933 et 1934, avant leur déménagement à Washington (1937)

L’équipe de Washington a connu ses plus belles années entre 1982 et 1992, remportant trois SuperBowl (1982, 1987, 1991). Mais aujourd’hui, elle fait partie des équipes moyennes de la Ligue. Cette année encore, les Redskins ne devraient probablement pas se qualifier pour les plays-offs qui auront lieu en janvier prochain.

Aujourd’hui, l’histoire de « Lone Star » Dietz et de l’origine du nom Redskins sont largement battues en brèche. Dans une étude publiée par l’historienne Linda M. Waggoner, on apprend que Dietz n’avait en réalité pas d’origines indiennes mais qu’il les aurait inventé par la suite. Une nouvelle identité qui lui permit notamment d’intégrer en 1907 l’équipe de football de Carlisle (une école privée pour étudiants indiens) réputée comme l’une des meilleures de l’époque. Cette identité indienne lui aurait également permis de ne pas être incorporé au moment de la première guerre mondiale du fait de l’exemption qui touche les populations amérindiennes. Une dérobade qui lui valut un procès en 1919 à l’occasion duquel les prétentions indiennes de Dietz furent largement remises en cause. D’autre part, George Marshall, le président des Redskins précisa à l’époque que le nom de l’équipe n’avait pas été inspiré par les origines supposées de Dietz.

Une histoire qui est toujours utilisée par Dan Snyder pour expliquer l’origine bienveillante du nom Redskins et s’opposer aux procédures judiciaires qui visent à débaptiser la franchise du fait de son nom jugé infamant par les populations indiennes.

Un hommage ou du marketing ?

Mais l’inspiration du nom Redskins est peut-être à chercher dans une autre direction. En 1933, au moment où les Braves deviennent les Redskins, la franchise change également de stade passant de celui des Braves à celui des Red Sox (Fenway Park). Un élément qui a probablement joué en faveur du changement de nom. Dans ce contexte, Marshall voulait conserver un nom qui évoque les Indiens comme celui des « Braves » tout en faisant en sorte de ne plus être confondu avec ses anciens « colocataires ».

D’une manière plus générale, la couleur rouge est régulièrement associée aux équipes de sport de Boston. C’est le cas bien sur des Boston Red Sox, l’équipe de baseball créée en 1907. Avant les Red Sox, une autre équipe de baseball avait élu domicile dans la capitale du Massachusetts, il s’agit des Boston Red Stockings créé en 1871, et devenus les Red Caps en 1876. Une équipe qui après plusieurs changements de noms deviendront les Boston Braves en 1912. Une équipe qui évolue aujourd’hui à Atlanta, toujours sous les noms des Braves avec le tomahawk comme symbole. Dans cette optique, on peut aussi signaler que les équipes de sport de Harvard s’appelle les « Crimson » (pourpre). Le choix du rouge et donc de « Redskins » peut donc aussi se rapprocher de cette « tradition bostonienne » et ainsi de faciliter le ralliement des supporters jeunes ou moins jeunes autour de l’équipe. Le choix du terme Redskins ne serait donc plus un hommage mais plutôt une forme de stratégie marketing pour promouvoir une équipe de football.

Cette version semble plus conforme à l’histoire des Washington Redskins, une franchise qui restera associée à la personnalité de George Preston Marshall. C’est lui qui changea le nom de la franchise, puis organisa son déménagement à Washington en 1937. Il restera propriétaire de l’équipe jusqu’à sa mort en 1969. Il est par ailleurs connu pour avoir été un farouche opposant de l’intégration des joueurs noirs dans la NFL. Alors que des joueurs noirs vont progressivement gagner leur place dans les équipes professionnelles à la fin des années 1940, les Washington Redskins sont la dernière franchise à intégrer des joueurs noirs en 1962 sous la pression du gouvernement fédéral, à l’époque propriétaire du stade des Redskins. Un épisode devenu une tache indélébile dans l’histoire de l’équipe et régulièrement rappelé par les activistes qui luttent pour obtenir le changement de nom de la franchise.

Des centaines d’équipes avec des noms qui réfèrent aux amérindiens

Pourtant, les Redskins ne sont pas la seule franchise dont le nom se veut une référence aux Amérindiens. Dans les ligues majeures, on peut citer les « Chiefs » de Kansas City (NFL), les « Braves » d’Atlanta et les « Indians » de Cleveland (MLB) ou les « BlackHawks » de Chicago (NHL). Le nom de l’équipe de Golden State, les « Warriors » (guerriers) se voulait aussi une référence aux amérindiens, une imagerie abandonnée lorsque l’équipe déménagea de San Francisco à Oakland en 1971.

Chief Wahoo, la mascotte des Cleveland Indians est elle-aussi dans le viseur des activistes amérindiens

Chief Wahoo, la mascotte des Cleveland Indians est elle-aussi dans le viseur des activistes amérindiens

Si l’on prend en compte les équipes universitaires et dans les lycées, le nombre de noms en références aux amérindiens serait encore important. On en compterait plus de 2.000 dans tous les pays. Les noms les plus courants sont les Warriors (Guerriers), Indians (Indiens), Raiders (Pillards) et les Chiefs (Chefs). Le surnom Redskins est lui utilisé par au moins 75 équipes à travers les Etats-Unis. Ces références ne se traduisent pas uniquement à travers les noms des équipes mais aussi par l’usage de logos, de mascottes et d’animations pendant les matches qui « s’inspirent » de la vision que les Américains ont des populations indiennes. De fait une partie de ces noms ne font pas référence aux Amérindiens, comme les Raiders d’Oakland, l’équipe californienne de football, dont l’imaginaire puise plutôt du côté de la piraterie. Un chiffre qui serait donc plus proche du millier comme l’avance le New York Times qui estime que près deux tiers des quelques 3.000 équipes portant des noms ou avec des mascottes moquant les amérindiens auraient aujourd’hui fait le choix de tourner la page.

Ce choix massif de noms et de mascottes en référence aux populations amérindiennes peut sembler paradoxal vu le destin qu’ont connu les Indiens d’Amérique, qui furent largement victimes de la Conquête de l’Ouest au XVIIIe et XIXe siècle. Les Indiens qui furent dépossédés d’une grande partie de leurs terres et dont la population fut décimée par les guerres, les maladies et les massacres perpétrés à cette époque. Encore aujourd’hui, le niveau de vie des populations amérindiennes restent largement en deçà de celle du reste des américains.

Pourtant lorsque l’on interroge les supporters des équipes concernées, et plus largement « l’opinion » américaine, la réponse la plus fréquente consiste à expliquer que ces noms sont là pour « rendre hommage » aux populations indiennes et qu’ils ne comprennent pas pourquoi des Indiens se sentiraient insultés.

Redskins : du nom à l’insulte

Aujourd’hui, l’origine du terme « redskin » reste un débat ouvert. Les partisans du maintien du nom invoquent l’idée que le mot était au départ neutre voir positif pour décrire les populations indiennes.

Pourtant qu’elle qu’ait été l’origine du terme, il est important de voir que son sens et son appréciation a évolué. Aujourd’hui, les dictionnaires américains considèrent l’usage de «redskins » comme désobligeant, visant à dénigrer. Un constat que les partisans du changement de nom ont appuyé en montrant qu’il n’existait plus aujourd’hui d’usage positif du terme « redskin ». Pour preuve, le très faible usage du mot dans les journaux en comparaison avec d’autres termes comme « Indian », « Native American » ou « American Indian ».

Plusieurs études menées par des chercheurs sollicités par les activistes amérindiens ont montré qu’à la fin du XIXe et début du XXe, les usages recensés du terme « redskins » avaient déjà cette vocation. Ce qui signifie que le mot était déjà considéré comme une insulte à l’époque où George Preston Marshall a choisi ce nom. C’est d’ailleurs un argument utilisé dans la bataille judiciaire menée par les partisans du changement de nom. Ces derniers ont intenté une procédure légale pour que le terme de « Redskins » ne soient plus une marque déposée (trademark). En effet, depuis 1947 (Lanham Act) une marque qui est jugée objectivement dégradante pour un individu ou une partie de la population ne peut pas bénéficier d’une protection commerciale.

Une manière d’attaquer la franchise de Washington au portefeuille car si les Redskins perdent cette bataille judiciaire, n’importe qui pourra utiliser le logo et l’image des Redskins gratuitement, ce qui de fait poussera Dan Snyder, l’actuel propriétaire de la franchise de changer de nom.

C’est d’ailleurs la menace qui pèse sur la franchise suite à la décision du bureau américain des brevets et marques déposées (USPTO) du 18 juin dernier. Cette agence fédérale a décidé de retirer le statut de marque déposée au nom « Washington Redskins ». Une décision qui une fois appliquée permettrait à n’importe qui d’utiliser gratuitement le nom et le logo Washington Redskins. Une possibilité explorée par les héros de la série South Park, tournant en dérision Dan Snyder et les Washington Redskins.

Eric Cartman, personnage de South Park devenu patron d'une start-up appelée Washington Redskins suite à la perte de la marque déposée par l'équipe de NFL

Eric Cartman, personnage de South Park devenu patron d’une start-up appelée Washington Redskins suite à la perte de la marque déposée par l’équipe de NFL

Car c’est ici que se situe l’enjeu principal du point de vue de Dan Snyder, et qui explique en partie l’obstination du propriétaire à maintenir le nom actuel de la franchise. Selon Forbes, la valeur des Redskins est estimée à 2,4 milliards de dollars (1,94 milliards d’euros) avec des revenus de plus de 143 millions de dollars (115,5 millions d’euros) par an, ce qui place Washington au troisième rang des franchises les plus lucratives derrière les Dallas Cowboys et les Patriots de New England. Un pactole qui représente aujourd’hui l’un des principaux obstacles entre Dan Snyder et la dignité des populations amérindiennes.

Pourtant, une étude réalisée par une école de commerce (business school) d’Atlanta tend à montrer que Washington aurait tort de conserver son nom et son logo actuel. L’étude conclue que Washington perdrait 1,6 millions de dollars par an en conservant leur mascotte actuelle, alors que le fait de la retirer ne représenterait pas un handicap à long terme, à la fois sur un plan financier mais aussi en ce qui concerne le soutien du public.

Daniel Snyder, le propriétaire des Washington Redskins depuis 1999. Il a promis que tant qu’il sera propriétaire, l’équipe ne changerait jamais de nom.

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